jeudi 9 novembre 2017

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Les malheurs de Sophisme 

Critique de la déraison médiatique



par 



Jacques Richard


Dernier article : 9 novembre 2017









23. Quand les sociologues se mettent les pieds dans le plat

Quelques remarques sur ce que signifie poser ses godasses sur les sièges du RER, selon les sociologues


Classement : confusionnisme sociologique




Référence
*Serge Paugam, Bruno Cousin, Camila Giorgetti et Jules Naudet, Ce que les riches pensent des pauvres, Paris, Le Seuil, 2017, page 122

Texte
« Quelques interviewés se plaignent du fait que certains passagers, le plus souvent identifiés comme des hommes ou des jeunes garçons des classes populaires, dégradent l’environnement du train en crachant par terre dans les wagons ou à l’intérieur des stations, et en posant leurs pieds sur les sièges (cette dernière attitude étant aussi parfois perçue, on le verra ci-dessous, comme menaçante, du fait qu’elle est interprétée par les classes supérieures des beaux quartiers comme un refus ostentatoire des règles minimales d’urbanité, ce qui leur semble de mauvais augure en cas d’interaction). »

Analyse au pied de la lettre
Pour les auteurs de ces lignes, le fait que ces jeunes posent leurs pieds sur les sièges (des trains) constitue donc une preuve évidente (« ostentatoire ») de respect des règles élémentaires de politesse, et un très bon augure sur le déroulement de la conversation, au cas où il s’en produirait une !
Les riches (ces salopards) interprètent complètement de travers l’attitude de ces jeunes gens, à qui on ne saurait reprocher ni égoïsme, ni manque d’éducation.
Heureusement les sociologues sont là pour rétablir la possibilité du « vivre ensemble » : les jeunes gens occupant deux sièges (dont un avec leurs pieds) et les salopards restant debout, mais sans du tout devoir se sentir vexés, humiliés ou en colère. Ils donneront même volontiers du feu au jeune homme si celui-ci leur en demande.

Analyse plus subtile
Est-ce cela que pensent nos quatre lascars, les quatre zauteurs de ce livre, tous sociologues dûment certifiés ?
Non.                                                                                                          
C’est pourtant ce qu’ils sous-entendent, de façon quasi « ostentatoire ».
Mais ils ne le pensent pas.
Ce qu’ils pensent, c’est que l’attitude consistant à poser ses pieds sur le fauteuil en face ne signifie pas CATÉGORIQUEMENT que ces jeunes le fassent consciemment comme une transgression, ni qu’ils adopteront un comportement hostile si on leur demande de libérer le siège.

Conclusion
De fait, il est possible que, sollicité (l'« interaction » envisagée plus haut), le jeune se fende d’un grand sourire franc et sympa, et retire ses pieds en s’excusant ou pas.
Mais il est aussi possible qu’il réponde : « Va te faire foutre, je nique ta mère ! », ce qui n'est pas de très bon augure.
Personne ne sait ce qu’il fera. 
En tout cas, en aucun cas il ne posera son cul à l’endroit où il avait posé précédemment ses godasses, ni ne sortira son mouchoir pour essuyer le siège.
Et ni Paugam, ni Cousin, ni Giorgetti, ni Naudet, ne viendront le faire à sa place !



Création : 9 novembre 2017
Mise à jour :
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 23. Quand les sociologues se mettent les pieds dans le plat
Lien : http://lesmalheursdesophisme.blogspot.fr/2017/11/les-sociologues-mettent-les-pieds-sur.html








jeudi 2 novembre 2017

22. L'idéologie du don



Classement : confusionnisme post-bourdieusiste


Il est de bon ton chez les sociologues main stream de l'éducation (qui sont des post-bourdieusistes) de parler avec mépris ou dérision ou condescendance de ce qu’ils appellent « l’idéologie du don », le fait que dans nombre de familles, la réussite scolaire était attribuée à un « don » personnel nécessaire à cette réussite.
Pour eux, c’est une idéologie car la vérité scientifique est qu’on réussit à l’école en fonction de ses origines sociales.

Il me semble que cette idée d'« idéologie du don » n’est pas adéquate. Il est évident qu’au niveau macro-social, on ne peut pas expliquer la réussite scolaire par des « dons », mais cette notion n’était pas utilisée au niveau macro-social, elle l’était à un niveau beaucoup plus bas, au cours de conversations familiales ou amicales sans prétention intellectuelle : celui des familles (notamment populaires) où, parfois, il fallait bien constater que parmi les membres d’une phratrie, un ou plusieurs réussissaient à l’école (primaire, en premier lieu), tandis que d’autres étaient nettement en retrait. 

Je pourrais citer en exemple d’une famille bien connue de moi, où les parents étaient cheminots au niveau le plus bas (manœuvre et garde-barrière) : sur les trois enfants qu'elle comprenait, une fille (seconde de la phratrie) a réussi, par le biais de la bourse de 6ème, de l’Ecole primaire supérieure de Savenay, puis de la bourse d’Ecole normale, à passer le baccalauréat et à devenir institutrice, alors que son frère (l’aîné) et sa sœur se sont contentés du CEP et de carrières d’ouvrier et d'ouvrière.

Ce fait, qui n’est pas isolé (on peut aussi citer, dans la littérature, le cas de Julien Sorel, l’intellectuel, le mouton noir de sa famille d’entrepreneurs du bois), est difficile à expliquer d’un point de vue macro-social, les conditions socio-économiques familiales n’ayant pas changé dans les quinze années (de l'entre-deux-guerres) où s'est déroulé le cursus scolaire de base de ces trois enfants.

Bien entendu, on peut supposer qu’il existe des explications relevant de l’histoire familiale, de l’histoire personnelle (rencontre d'un maître...), etc. Mais il est difficile de les établir rétrospectivement ; c’est pourquoi les familles et leurs proches tombaient d’accord pour dire « Elle est douée pour l’école, et les autres non ! ».

La notion de « don » n’est donc pas, à mon avis, une « idéologie », mais l’explication trop simple d’un fait bien réel, particulièrement visible à une époque où tout le monde ne faisait pas d’études secondaires, et qui n’a sans doute pas complètement disparu.

Du reste, la dénonciation rituelle de « l’idéologie du don » n’a aucun effet réel (notamment parce que les membres des familles populaires ne lisent pas, en général, d’articles de sociologie de l’éducation) : mais elle permet aux sociologues qui l’utilisent au détour d’un texte plus ou moins polémique de faire l’impasse sur les conditions réelles de la réussite scolaire, pour promouvoir une théorie qui n'est pas totalement adéquate. 
Le « don » n’est pas une notion suffisante pour faire avancer les choses, mais celle d’« idéologie du don » est encore plus inutile, elle ne fait que masquer l'ignorance et l’impuissance de ceux qui s’y réfèrent, elle ne fait que révéler leur lamentable suffisance intellectuelle.

Ajout 
Si on peut reprocher quelque chose à la notion de « don » en matière scolaire, c'est qu'elle induit, ou au moins est le résultat, d'une résignation vis-à-vis du système scolaire. Lorsqu'on invoque le don de tel enfant, on admet implicitement qu'on n'y pouvait rien, etc. Cette idée est évidemment fausse, mais il n'est pas facile d'en tirer les conséquences, surtout après coup. Elle jouait fortement dans les campagnes de Loire-Atlantique dans les années 1950 : au Gâvre, les enfants des familles de paysans, encore assez nombreux, et leurs parents, n'envisageaient pas d'études secondaires (en 1960-1961 encore) ; leur horizon d'attente était le CEP. Il fallait donc être particulièrement « doué » pour surmonter cette résignation familiale. 
Pour autant que je sache, il n'en allait pas de même dans un département pas très lointain, le Finistère, où l'accès aux études secondaires n'était pas considéré comme une grâce divine (et encore moins « bourdivine »). Ce qui explique par exemple qu'un village banal (Plozévet) ait pu fournir un nombre assez élevé de diplômés de l'enseignement supérieur...
Il est évident que la généralisation de l'accès à l'enseignement secondaire à partir des années 1960 a eu un effet concret très important : à l'heure actuelle, l'horizon d'attente de toutes les familles est bien au-dessus du niveau primaire. 



Création : 2 novembre 2017
Mise à jour : 3 novembre 2017
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 22. L'idéologie du don
Lien : http://lesmalheursdesophisme.blogspot.fr/2017/11/lideologie-du-don.html







jeudi 19 octobre 2017

21. Le trader et le professeur

Quelques remarques à propos d’une scène du film The Party


Classement : économie




Une scène du film de Sally Potter The Party, décrit une altercation entre un professeur d’université plutôt âgé et mal en point et un jeune trader en forme mais plus ou moins déjanté. Le professeur évoque le caractère malsain du métier du trader ; celui-ci réagit assez véhémentement, accusant le professeur de gagner lui aussi de l’argent, donc de participer à la corruption qu’il dénonce verbalement.
Cette idée que l’argent gagné par les traders est ni plus ni moins sale ou propre que celui gagné par d’autres personnes est-elle exacte ? Dès lors bien sûr que l’on accepte le principe de la monnaie. Les traders sont-ils des travailleurs comme les autres ?

Comment un professeur d’université est-il rémunéré ?
Le circuit de l’argent gagné par un professeur d’université est clair : pour faire simple, dans le cas de la France, l’Etat prélève des impôts et rémunère grâce à eux les professeurs d’université (entre autres) ; en échange de cette rémunération, le professeur fournit un travail reconnu socialement.

Comment un travailleur de l’industrie automobile est-il rémunéré ?
Un circuit plus complexe apparait dans d’autres secteurs, par exemple l’industrie automobile (ou toute autre industrie). La rémunération des travailleurs d’une entreprise de l’industrie automobile n’est pas assurée par l’Etat, mais par le résultat de la vente des produits de l’entreprise. La production automobile nécessite un certain nombre d’intrants (matières premières, énergie, usure des machines (amortissement), coût d’occupation de l’espace, coût d’organisation de l’espace de façon appropriée à l’activité, etc.) ; à ces intrants, les travailleurs de l’industrie automobile ajoutent par une série de transformations des matières premières une « valeur ajoutée » qui, si elle est correctement transformée en argent par la vente d’une quantité suffisante d’automobiles, permet 1) la rémunération de l’ensemble des agents participant au processus, 2) le paiement des impôts dus par l’entreprise, et 3) s’il reste quelque chose la rémunération des gens qui ont fourni le capital, c'est-à-dire l’argent nécessaire au départ de l’entreprise ou à son extension (actionnaires). Parmi les travailleurs, les dirigeants  ont des niveaux de rémunération considérables (soit sous forme de salaire, soit sous forme d’octroi d’action), de l’ordre de celles des traders : mais leur source n’en est pas moins parfaitement claire.

Comment les traders sont-ils rémunérés ?
Puisqu’ils ne sont pas rémunérés par l’Etat, ils le sont certainement grâce à une « valeur ajoutée », la valeur que par leur travail, ils ajoutent aux intrants nécessaires à leur activité.

Conclusion
La question qui doit être posée est la suivante : quelle valeur ajoutée est produite par un trader ?
Ce n’est pas évident. Une autre page sera sans doute nécessaire pour analyser ce problème.



Création : 19 octobre 2017
Mise à jour :
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 21. Le trader et le professeur
Lien : http://lesmalheursdesophisme.blogspot.fr/2017/10/le-trader-et-le-professeur.html








samedi 7 octobre 2017

20. Jean-Claude Milner et les profs

A propos d’une remarque de Jean-Claude Milner sur le statut des « profs »


Classement :





Ceci est un complément aux pages :

Référence
*Jean-Claude Milner et Philippe Petit, Considérations sur la France, Paris, Editions du Cerf, 2017, page 50.
Il s’agit d’un entretien entre les deux auteurs. 

Texte
Page 50, on peut lire la déclaration suivante du premier :
« Aujourd'hui, le mot prof’, réservé autrefois à l’argot des élèves, est devenu la désignation courante d’un corps de métier, mais certainement pas d’un corps intermédiaire. L’institution scolaire s’est polymérisée en communautés éducatives, où les enseignants ne peuvent être que minoritaires face aux parents et à l’administration. Dans l’enseignement secondaire, un prof n’est rien devant un élève, moins que rien devant les parents, moins que moins que rien devant son chef d’établissement. Pour abréger, je laisse de côté l’enseignement supérieur, mais l’évolution est analogue. »

Commentaires
Jean-Claude Milner perçoit le caractère péjoratif du mot « prof ».
Je ne suis pas d’accord avec la hiérarchie qu’il indique. Je ne pense pas que la relation des enseignants et du chef d’établissement soit de ce type, en tout cas ce n’est pas du tout ce que j’ai connu (il y a moins de dix ans) ; les chefs d’établissements restent fondamentalement des professeurs.
Il est clair qu’il y a eu une dégradation vis-à-vis des élèves et des parents ; de là à dire « il n’est rien... », « il n’est moins que rien »…, c’est excessif.
En revanche, Jean-Claude Milner n’évoque pas d’autres instances tout aussi importantes : l’administration de l’Education nationale (hauts fonctionnaires rectoraux et ministériels, conseillers de cabinet, qui feraient tellement bien ce que les « profs » font tellement mal !) ; la Cour des Comptes (voir par exemple Le Figaro du 5 octobre 2017) ; le corps des journalistes, notamment « spécialistes de l’éducation » ; ainsi que que le corps des sociologues spécialistes de l’éducation et des déclarations médiatiques.
A l'heure actuelle, c'est le corps des journalistes qui utilise (hors conversation courante) le plus massivement le mot « prof ».



Création : 7 octobre 2017
Mise à jour :
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 20) Jean-Claude Milner et les profs
Lien : http://lesmalheursdesophisme.blogspot.fr/2017/10/jean-claude-milner-et-les-profs.html







samedi 17 juin 2017

19 Comme un vol de journalistes au-dessus d'un nid de métaphores

Une curiosité stylistique : la métaphore dans la métaphore




Classement : littérature ; littérature et médias


Document
*Libération, samedi 17 juin 2017, pages 18-19 
Article sur la reprise de l'affaire de Lépanges-sur-Vologne




Analyse

Dans le premier extrait, on a affaire à un « corbeau », terme désignant métaphoriquement l'auteur de lettres anonymes ; dans le second, à un « volatile », terme désignant une catégorie d'animaux ayant la capacité de voler, catégorie dont font évidemment partie les corbeaux. 
Oui... du moins les corbeaux qui croassent... 
En va-t-il de même pour les « corbeaux » métaphoriques, les corbeaux qui écrivent des lettres anonymes ? 
D'autant que, chacun le sait : « les paroles s'envolent, les écrits restent » ! Les paroles sont volatiles, pas les lettres anonymes...

Un procédé du même acabit est utilisé lorsque « Le Canard enchaîné », alias « Le Canard », est désigné par la formule « le palmipède », destinée à introduire un peu de variété stylistique dans un bon article de journal ; mais, dans la vie courante, si on peut aller acheter « un canard », personne n'aurait l'idée de dire « je vais aller acheter un palmipède chez le marchand de journaux ».



Création : 17 juin 2017
Mise à jour : 13 octobre 2017
Révision : 28 septembre 2017
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 19 Comme un vol de journalistes au-dessus d'un nid de métaphores
Lien : http://lesmalheursdesophisme.blogspot.fr/2017/06/vol-de-journalistes-nid-de-metaphores.html








mardi 25 avril 2017

18 Sur un écrit de Jean-Claude Izzo

Quelques informations concernant un manuscrit inédit de Jean-Claude Izzo




Classement : littérature ; littérature et médias ; 


Document



Description du document
Il comporte quatre éléments :
1) la page d’avant-titre du roman de Jean-Claude Izzo Le Soleil des mourants ;
2) au centre de cette page, une dédicace de l’auteur encadrant le titre ;
3) en haut à droite de cette page, une indication manuscrite de prix (3 euros) ;
4) posé sur cette page de titre, un ticket de caisse daté du 27 juin 2009, d’un montant de 3 euros, pour l’achat d’un roman.

Texte de la dédicace
                        Pour Pierre Marcelle
                        Le soleil des mourants ,
                        juste pour croire que
                            la vie peut être autre.
                                       Signature

Notes
*Jean-Claude Izzo (1945-2000) : écrivain
*Pierre Marcelle (1952-) : journaliste

Analyse
D’après les élément énumérés ci-dessus, l'ouvrage, dédicacé par l'auteur au journaliste Pierre Marcelle, s'est apparemment trouvé mis en vente dans une librairie d’occasion de Nantes (la Bouquinerie du Centre, 12 rue Vieille Douve). 
C'est très surprenant. Il aurait été plus compréhensible qu'il se trouve dans une librairie d'occasion de Paris ! 

Commentaires
Néant



Création : 25 avril 2017
Mise à jour : 10 juin 2017
Révision : 28 septembre 2017
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 18 Sur un écrit de Jean-Claude Izzo
Lien : http://lesmalheursdesophisme.blogspot.fr/2017/04/sur-un-ecrit-de-jean-claude-izzo.html